par Antoine Carbonnaux
Photos : Sarah Bastin
6 avril 2018
Dans
le studio
de Krikor
Le producteur parisien nous ouvre les portes
de son studio
à Belleville
K7
J'aime beaucoup le format K7, j'enregistre énormément là-dessus. Le fait que le format réduise la bande de fréquences, ça créé un son intéressant. Beaucoup de disques house à l'époque étaient enregistrées sur cassette car le DAT coûtait cher. Il y a quelque-chose qui se passe sur la bande : le grain, la saleté, c'est de l'ordre du magique.
Modulaire
Je me suis mis au modulaire il y a quatre ans. Rien à voir avec ce faux débat sur l'analogique : la plupart des modules sont numériques. On peut facilement les retrouver sur l'ordinateur avec Reaktor ou sur Max/MSP mais c'est plus plaisant à utiliser en modulaire. Je suis en train de réfléchir à un mini setup qui tiendrait dans une valise, car mon rack actuel est trop lourd à transporter.
Yamaha DX100
Les sons d'usine de ce synthé FM sont déments, il a un vrai grain. J'adore ses conversions assez cheap, des distorsions dans les longues fréquences, ça le rend intéressant, en plus d'être très compact
et facilement transportable. Il faudrait
que je refasse les antisèches que j'ai mises dessus pour me souvenir quelles touches j'avais assignées sur le sampler auquel
je l'ai relié car je n'arrive plus à me relire.
Bim, Bam et Boum, les trois boîtes d'effets d'OTO Machines, un petit fabricant français.
Ça sonne super bien, je m'en sers énormément, aussi bien en live qu'en studio. J'ai d'ailleurs fait plusieurs prises de TR-808 et de TR- 606 passées à travers ces machines, à différents niveaux gains, ce qui permet ensuite d'agir ensuite sur les réglages dans Ableton Live. C'est téléchargeable gratuitement sur leur site.
Bim Bam Boom
Electro-Harmonix 45000
J’ai commencé à faire des lives avec Ableton
et des machine en 2001, avant de décider d’arrêter complètement d’utiliser un ordinateur sur scène. Le live s'articulant de plus en plus autour de l'improvisation, j’ai cherché
ce qui pouvait être le plus adapté pour sauver plusieurs boucles. Le 4500 est aujourd'hui
au centre de mon setup live, je sample
mon DX100, ma voix, ou tout autre élément.
Le fait qu’il ait 4 pistes overdub me permet
de construire et déconstruire tout au long
du live. En plus d'être compact, il sonne très bien et surtout il change la hauteur de manière très musicale lorsqu’on ralentit une séquence.
Casio RZ-1
Je cherchais une boite à rythmes pour le live et je n'arrivais pas à en trouver une qui puisse faire ce que j'avais en tête précisément,
alors j'ai modifié la RZ1. Ce qui est intéressant avec cette machine, c'est qu'elle fait sampleur également. On la retrouve beaucoup dans le hip-hop car elle n'est
pas très chère, c'est un peu la SP-1200
du pauvre. J'ai modifié le mode « rec » dessus pour écrire des séquences rythmiques
à la volée et j'ai ajouté plusieurs banques
de sons de CR-78, LinnDrum, 808 et 909
aux sons déjà présents. On les retrouve notamment sur « Work That Motherfucker » de Steve Pointdexter, un disque majeur
de la house que j'adore.
Dès le départ, j’ai décidé de ne plus utiliser de table de mixage, parce que ça coûte
très cher à l’achat puis à entretenir. J’utilise
à la place un sommateur, qui est une sorte d’équivalent sans faders. Là-dessus,
j’ai mis plusieurs convertisseurs, il y a 32 entrées, tout le mixage se fait ensuite
dans l’ordinateur, sur Ableton Live et Logic principalement.
Cela va bientôt faire cinq ans que je suis
ici. Avant, c’était le studio d’un compositeur
de musique de films d’animation.
Ça marchait bien pour lui, il est parti pour
un plus grand studio, alors j’ai récupéré
l’espace. La pièce était déjà isolée acoustiquement, ce qui est plutôt pratique.
“
L’intérêt d’avoir un studio réside en grande partie dans le fait d’avoir
à sortir de chez soi.
J’ai eu différents studios avant celui-ci,
j’ai été aussi chez moi plusieurs années mais je ne le referais plus.
C’est important de segmenter les espaces. Ici, je n’ai pas accès à Internet, à part
sur mon téléphone.
A
ctif depuis la fin des années 1990, Krikor Kouchian est de ces musiciens touche-à-tout passé par la house, l’electro, l’italo
disco, la techno ou encore l’ambient, sous presque autant de pseudonymes que
de labels – Kill The DJ, Tigersushi, L.I.E.S.
et Editions Gravats pour n’en citer que quelques-uns. Cet amoureux des sonorités analogiques typiques des années 1980
est aussi un bidouilleur autodidacte qui
n’hésite pas à ouvrir ses machines pour
les restaurer ou leur ajouter de nouvelles fonctionnalités, quand il n’est pas tout simplement occupé à compiler méthodiquement des banques de sons qu’il met à disposition
du reste de la communauté de musiciens.
Entre une pile de vieilles VHS de films d’horreur américains, une batterie de câbles de toutes
les couleurs et une paire de fers à souder,
le producteur parisien nous reçoit dans son studio pour nous parler du souffle chaud
et rugueux du format cassette, de son synthé Yamaha fétiche ou encore de cette série
d’effets de fabrication française dont il teste actuellement le dernier prototype.
Je viens quasiment tous les jours.
Pas obligatoirement pour faire de
la musique, je démonte des machines, je fais du fer à souder, je répare
des choses. Il y a des jours où l’on
est inspiré, d’autres non. Ce n’est
pas grave, c’est humain. Avant,
cela m’arrivait de travailler la nuit. Maintenant j’aime mieux venir en journée, m’arrêter, aller boire un coup en fin de journée. Avoir un cadre fixe. C’est quelque chose que j’ai appris avec le temps : travailler rapidement plutôt que de « sur travailler »
les choses.
Quand tu fais des sessions de nuit, à rester des heures en studio, à ne plus savoir
où tu es...
Au bout d’un moment,
tu retravailles tellement
un morceau que tu finis parfois même par le détruire.
Je n’ai pas vraiment de règles pour produire un morceau. C’est vraiment aléatoire, je peux commencer par brancher un synthétiseur ou une boite à rythmes
et voir ce que ça donne... J’ai longtemps travaillé sur ordinateur, j’aime mieux maintenant passer par des machines plus simples, voire même m’interdire carrément l’usage de certaines d’entre elles et me limiter à une configuration que je me suis fixée. Cela m’arrive d’appliquer cette même technique sur l’ordinateur, en limitant
le nombre de pistes, d’effets... Cela permet d’avoir une certaine cohérence dans le son et d’éviter de se perdre parmi toutes
les options disponibles. D’ailleurs, deux pistes, parfois, c’est largement suffisant.
Je n’arriverais pas à suivre
un live écrit
qu’il faudrait exécuter.
La répétition m’ennuie.
Très jeune,
je démontais
déjà tout ce
qui me passait
entre les mains, comme le magnétoscope familial qui en
a fait les frais.
Je me suis mis à ouvrir mes machines par la force des choses : un jour, j’ai fait réparer ma TR-808, ça m’a coûté assez cher pour finalement me rendre compte
que la panne était très simple à résoudre. J’ai alors commencé à me plonger dans
les manuels d’utilisation, puis je me suis mis à modifier mes machines, notamment pour le live.
Sur scène, j’essaye de reproduire les conditions dans lesquelles
je crée un morceau en studio,
pour retrouver ce moment un peu magique où une idée survient,
et que tu développes en flux-tendu, de manière empirique.
Ça ne peut pas durer des heures car l’idée finit par s’épuiser mais avec la pratique, cela peut être intéressant de la faire évoluer pendant 45 minutes, 1 heure,
en réaction avec le public.
”
